Je me souviens, aux "Beaux-Arts",

 nous devions travailler sur une composition qui nous identifierait dans notre avenir. Pendant longtemps, malgré mes recherches, je suis restée l'esprit vide, sans rien? sans aucun jaillissement… l'angoisse!   

Mais les derniers jours furent fertiles.  

 Partie en quête d'un support ( j'en voulais un grand ), je me suis retrouvée chez un photographe qui me donna un fond de décor de studio en papier blanc d'emviron 9 m2.  

 De retour à l'atelier, le support agrafé au mur, et à l'aide de pots de différentes couleurs, sans le savoir je m'initiais à 1'« action painting ». Gicler, verser, jeter la peinture pour aboutir à une étonnante composition.

 Comme Jackson Pollock, qui s'abandonne à l'impulsion naturelle, comme l'art‑chinois, ce mysticisme extrème‑ oriental avec ses calligraphies, ses peintures devaient être un jaillissement spontané, comme le fruit d'une préméditation.  

 En fait, par ces méthodes très peu orthodoxes, le plaisir était au rendez‑vous, de ces gribouillages primitifs, comme l'artiste moderne, j'avais trouvé l'expression directe et l'authentique de mon monde intérieur, infiniment plus vaste et plus varié que le monde extérieur visible.  

 Kandinsky nous  rappelle qu'il n'existe rien de plus monotone que des kilomètres de paysages, de natures mortes et de nus insipides qui étirent leur éternelle lassitude dans les salons officiels, face à un art qui plonge ses racines dans les abysses encore inexplorés de l'esprit.   

Une fois la toile recouverte de couleurs dégoulinantes, d'éclaboussures, celles- ci agissaient sur mon regard comme une énergie tournoyante.   

Lorsque le directeur et les professeurs se sont placés devant mon support tacheté, le directeur me demanda le titre de mon oeuvre.     

Je lui répondis: « Autoportrait »

.Comme il restait quelques profs devant ma toile, je me suis faufilée à côté de l'un d'eux. Je lui ai demandé ses impressions

 Lorsque je lui ai avoué, emplie de culpabilité, l'avoir exécutée en très peu de temps, et surtout, et avant tout, avec amusement, il m'a répondu qu'il fallait prendre du plaisir. 

Rembrandt aussi devait s’amuser en peignant ses autoportraits! “.

 Merci Nicolas Fédorenco

Cette phrase, je ne l'oublierai jamais.   Depuis je continue dans cette voie. Sortir tout le ressenti du plus profond de mon être par la peinture est la meilleur des thérapies qui puisse exister.  

 L'artiste est peut‑être le seul à avoir le pouvoir de fantaisie, de créativité poétique, d'humour sans astreinte autre que sa liberté de divaguer.