Je me rappelle, en 97, revenir d’une promenade à Sainte Marine, au bord de mer, remplie d’émotions extrêmement violentes. Toutes ces émotions, très personnelles, m’ont énormément bouleversée. Pendant plusieurs semaines je suis restée incapable de traduire cette émotion, car, en effet, c’était plus le sentiment que je voulais peindre et non pas un bord de mer, avec son sable, ses rochers, ses bateaux… Je voulais mettre en formes et en couleurs toutes ces émotions vives… Le moment venu, tout c’est mis en œuvre. J’avais peur d’en oublier la force.  Je me suis installée dans la cuisine (je n’avais pas encore mon atelier), j’ai pris une planche de contreplaqué de 110 X 100 cm que j’ai posé à même le sol. Tournant autour de mon support, je répartis dessus la peinture qui sortait d’un fond de boîte percé de trous, j’y ajoute des couleurs rouges, du vermeil à l’écarlate, tous les rouges du feu éclaboussent. Obtenues par un bâton que je trempe et sort d’un autre récipient, les blancs, les bruns, les embruns jaunes jaillissent. Dans des couvercles en plastique de pots de miel, je découpe au cutter des couteaux de biseaux différents grâce auxquels naîtra une houle cyclonique. Mes « dripping » finalisent mes jaillissements de couleurs. Mon corps en mouvement se déplace littéralement dans la peinture et participe à l’élaboration de ma toile. Le temps, la rapidité d’exécution domine la matière. Une effroyable peur de « rater » l’aboutissement du travail me tient en haleine. Finalement, au bout de quelques heures, heureuse, satisfaite, je me retire, de loin j’examine, j’analyse mon travail… Il s’appellera : « Vue sur la mer »